vendredi 1 février 2013

Ecriture #5 : Nouvelle 4

Défi "Fin du monde" chez Vampires & Sorcières. Seuls impératifs : respecter le thème, et faire tenir le texte sur deux pages maxi.
C'est pas forcément ma nouvelle la plus gaie...



Apocalypse please



Declare this an emergency
Come on and spread a sense of urgency
And pull us through
And pull us through
And this is the end
This is the end of the world.
(Muse – Apocalypse please)


On ne sait pas réellement qui a commencé. Mais, à vrai dire, aujourd’hui ça n’a plus vraiment d’importance. Les bombes ont plu un peu partout sur le globe, pulvérisant les grandes villes, infectant leurs périphéries, tant et si bien que la surface entière du globe a été irradiée. Des charges dopées, à côté desquelles Little Boy et Fat Man feraient figures d’expériences de panoplie de chimiste. La course à l’armement avait continué malgré les discours rassurants et les promesses, et finalement nombre de pays détenaient l’arme nucléaire. Dès le premier champignon l’humanité était perdue à cause du jeu des alliances. Et nous pauvres pions qui essayions de survivre, qui croyions qu’il y avait une issue.

Lui est parti en premier. Dès que l’appel à la mobilisation fut lancé, il a répondu présent, conscient qu’il ne reviendrait pas. Il est venu serrer ses enfants dans ses bras une dernière fois, leur faisant promettre d’être courageux. Il était lucide sur la situation, alors que moi j’avais encore foi en notre gouvernement et ses discours rassurants. Les pastilles d’iode largement distribuées étaient bien dérisoires et ne l’ont pas sauvé, Lui que j’ai trop aimé, ou trop peu, mais mal, de toute évidence.

Les premiers temps nous écoutions religieusement les messages officiels nous conseillant de rester à l’abri pour éviter les retombées. Nous étions sceptiques face à l’efficacité de cette mesure, mais quelle autre solution avions-nous ? Pas d’abri personnel dans le jardin, et rien n’avait été prévu pour protéger la population. Alors nous prenions nos pastilles d’iode consciencieusement, n’utilisions plus l’eau du réseau, et attendions sagement… quoi d’ailleurs ? Des jours meilleurs ? Ridicule espoir…

J’avais pu joindre mon père, ancien militaire, quelques minutes avant que les réseaux de communication soient coupés. « Il n’y a plus rien à espérer, tout est terminé. Je ferai ce qu’il y a à faire pour ta mère et moi ». Mon père venait de sonner le glas de mes derniers espoirs. Nous étions bel et bien tous condamnés. C’est fou comme le cerveau peut refuser d’intégrer certaines informations. Malgré ces mots, malgré les messages alarmistes qui se sont rapidement propagés sur internet, je ne voulais pas y croire. Je ne voulais pas penser que tout se terminait comme ça, et surtout maintenant, si tôt, trop tôt.

Le réseau internet a rapidement été neutralisé. Trop dangereux. En ces temps troublés la vérité est un fléau, alimentant − à raison − les peurs de chacun. Manifestations, scènes de pillage, violence gratuite… la panique et la colère gagnèrent les survivants. Nous, nous étions toujours à l’abri, priant un Dieu qui, s’il avait un jour existé, nous avait définitivement abandonnés.

Et puis Le Petit est tombé malade. Je savais instinctivement que c’est lui qui avait le moins de chances de résister. De santé fragile, il partait perdant. Il s’est d’abord plaint de maux de tête. Puis il a refusé de se nourrir. Je n’ai pas voulu voir, pas voulu comprendre. « Tu as sans doute attrapé un rhume, c’est de saison, couvre toi bien » lui ai-je dit en souriant, un antidouleur à la main. Puis vinrent les nausées, les vomissements, les cheveux qui restaient sur l’oreiller. « Ne t’inquiète pas, ça va aller mieux dans quelques jours ». C’était la seule chose que je trouvais à lui dire, le serrant dans mes bras pour qu’il ne voie pas mes yeux plein de larmes. « Tu sais maman, je vais guérir, et puis je te protègerai toujours. ». Mes larmes ne cessaient plus de couler, chaque fois que son regard confiant se posait sur moi je me sentais tellement indigne de son amour, de sa confiance. Il s’est éteint dans mes bras quelques jours après, dans son sommeil, persuadé jusqu’au bout qu’il irait mieux très vite, comme je le lui avais promis. Une partie de moi est morte avec lui.

Les messages gouvernementaux étaient de plus en plus rares. Nous étions isolées, n’osant sortir de notre abri dérisoire, tous les moyens de communication étant désormais coupés. Restait-il des survivants ? Avait-on trouvé un remède ? Nous n’en avions aucune idée, et j’avais bien trop peur d’aller dehors à la recherche d’informations, peur de ce que je pouvais y trouver.

Quand La Puce a commencé à présenter les premiers symptômes, j’ai cru sombrer dans la folie. Ses pleurs, ses supplications, ses gémissements faisaient face à mon incapacité à la soulager. « J’ai trop mal, je veux que ça s’arrête ». « Je vais mourir maman, j’ai peur ». Je la berçais, la réconfortais de mon mieux, mais que pouvais-je faire de plus, de mieux ? La colère le disputait au désespoir, avec l’envie de faire payer « quelqu’un » pour tout ça. Rage inutile contre des fantômes. « Je veux voir la mer une dernière fois ». Malgré ma peur de l’inconnu, rien n’aurait pu m’empêcher de faire ce dernier voyage.

Du gris, du gris, et du gris. Le ciel est gris, la terre est grise, les gens sont gris. Je prends toute la mesure de l’apocalypse nucléaire qui nous a frappés. Plus rien, il n’y a plus rien. Plus de villes, plus de routes, plus de végétation. De la cendre à perte de vue, rendant uniforme le paysage. Nous croisons peu de survivants, et ils ne le seront plus très longtemps à ce que j’en vois. La Puce tousse à chaque cahot de la route et crache du sang. « Tiens le coup, on va y arriver, la mer n’est plus très loin ». Le trajet me parut interminable, nous finîmes par arriver après de longues heures de route. J’extirpai La Puce avec mille précautions de l’habitacle de la voiture et la portai jusqu’à la plage de galets, recouverte de cendre elle aussi. Un sourire se peignit sur son visage. « Merci maman, c’est moi qui t’aime le plus », en référence à notre jeu favori de convaincre l’autre qu’on l’aime plus qu’il ne nous aime, furent ses derniers mots, la soulageant ainsi de ses souffrances et ses angoisses, emportant avec elle une autre partie de moi.

Je suis toujours sur cette plage. Seule. Je fixe la ligne d’horizon, le cœur lourd. J’ai perdu ceux que j’aime et bientôt à mon tour je ne serai plus sur cette Terre en ruines. L’eau ne scintille plus au gré des vaguelettes : la mer est aussi terne que le reste. Les falaises d’Etretat me semblent moins imposantes dans ce paysage monochrome. Depuis que je suis sur la plage, j’ai vu des corps plonger du haut de ces mêmes falaises, survivants moribonds abrégeant leurs souffrances. J’y ai souvent pensé, mais je n’ai pas pu m’y résoudre. Manque de courage, foutu espoir ou simplement la peur, je reste assise sur les galets, à attendre mon tour, ressassant ma vie, ses joies, ses peines, les yeux pleins de larmes au souvenir de ceux que j’ai perdu, de leurs trop courtes vies stoppées par la folie des hommes.
Ce soir le vent souffle légèrement et a rabattu une mèche de cheveux sur mon visage. Je la repousse machinalement et elle me reste dans la main. Pour moi aussi, c’est bientôt la fin.

11 commentaires:

  1. Certes, ce n'est pas ta nouvelle la plus joyeuse, mais elle m'avait émue et ça c'est une performance. Chuis un cœur de pierre moi...

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    1. Mais non tu es une guimauve en devenir ^^

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    2. Même pas vrai !

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  2. Très émouvante nouvelle, qui me fait penser inévitablement à La Route. Merci !

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    1. J'avais pas pensé à La Route en l'écrivant, mais c'est vrai que ce film m'a traumatisée (et du coup j'ai toujours le livre chez moi et je ne l'ai jamais ouvert !).

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  3. Moi, tu m'as fait pleuré ! D'ailleurs, mon vote était pour toi ^^. C'est poignant ! Chani, écrivain en devenir ? ;)

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    1. Contente que ça t'ait plu Flo. Mais pour ta question, nan hein, faut pas pousser ;)

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    2. Si tu écris des romances, je te promets de les lire. Si ça c'est pas de la confiance ! :P

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    3. Tu prends pas trop de risques ;)

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    4. Si !!! Ça pourrait être des romances zombiesques !!!

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    5. "Ils se marrièrent et vomirent beaucoup de bile noirâtre..." Ouais, c'est un concept, mais je suis pas forcément convaicue qye ça puisse plaire !

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