mardi 19 février 2013

Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine De Vigan


Résumé :

« La douleur de Lucile, ma mère, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d’adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma sœur et moi, mais toute tentative d’explication est vouée à l’échec. L’écriture n’y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. La famille de Lucile, la nôtre par conséquent, a suscité tout au long de son histoire de nombreux hypothèses et commentaires. Les gens que j’ai croisés au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l’ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence. Le livre, peut-être, ne serait rien d’autre que ça, le récit de cette quête, contiendrait en lui-même sa propre genèse, ses errances narratives, ses tentatives inachevées. Mais il serait cet élan, de moi vers elle, hésitant et inabouti. » Dans cette enquête éblouissante au cœur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan déroule avec force.


Avis :

Loué par la critique comme par le public, j’ai pour ma part détesté Rien ne s’oppose à la nuit. Non par esprit de contradiction ou pour me démarquer, mais parce que ce roman m’a laissée au bord de la nausée, de l’écœurement, engluée dans la toxicité d’une histoire qui n’est pas la mienne mais qui me colle encore au cerveau sans que j’arrive à m’en défaire, comme un chewing-gum sous une semelle. Je n’ai aimé ni l’histoire de cette famille toxique, ni le style de l’auteur, ni sa personnalité, du moins celle qui transparaît à travers ses écrits. J’ai eu envie de me débarrasser de ce livre en cours de lecture, de le brûler et de gifler l’auteur pour oser jeter son nombrilisme et sa famille tordue et néfaste au lecteur. Rien ne s’oppose à la nuit a au moins eu le mérite de susciter en moi de violentes émotions : rejet, dégoût, colère. Certains diront que c’est mieux que rien.

Je savais plus ou moins à quoi je m’attendais quand j’ai ouvert ce livre, à une autobiographie portant sur les rapports d’une fille avec sa mère bipolaire qui a fini par se suicider. Ce que je ne savais pas, c’est que Delphine de Vigan avait consigné dans son roman l’ensemble de la vie de sa famille, dans ses pires aspects. La mort, la manipulation, le viol, la maladie, l’inceste, la folie, le suicide, la maltraitance psychologique, rien des nombreuses déviances de cette famille toxique, qui, sous le vernis des apparences, cache des secrets honteux, des comportements déviants se répétant de génération en génération, n’est épargné au lecteur. Et c’est cela qui m’a dérangée, choquée.
En fait d’autobiographie, j’ai eu l’impression que Delphine de Vigan s’offrait une thérapie à peu de coût en déversant, au fil des pages, son histoire et ses problèmes sur le lecteur qui se retrouve malgré lui dépositaire de lourds secrets dont il n’a jamais voulu la charge et dont il ne sait plus comment se dépêtrer. En fait de lecture, il s‘agit là d’une forme de voyeurisme morbide dans lequel on s’englue peu à peu avec l’espoir que ça ira mieux à un moment. Que nenni, on va de Charybde en Scylla, même le bout d’espoir de la troisième partie n’arrive pas à sortir le lecteur de la déprime engendrée par les deux précédentes.
Très honnêtement, avec le recul, je ne sais pas comment une famille peut totaliser autant de malheurs, de nocivité en si peu de temps, mais lorsqu’on pense avoir fait le tour il y a toujours une marche de plus dans cette escalade.
Cette totale impudeur m’a frappée autant que les actes décrits eux-mêmes. Les autres membres de cette famille ont souffert aussi, étaler les affaires de viol et d’inceste (entre autres) est-il vraiment une bonne chose ? Pour moi c’est plus un manque de respect par rapport à ces personnes qui voient leurs blessures de nouveau ouvertes. Loin de moi l’idée de dire qu’il faut garder le secret sur des faits aussi horribles, mais il y a les forces de l’ordre pour faire respecter la loi, et les psys pour guérir l’âme. Le lecteur ne devrait endosser le rôle ni de l’un, ni de l’autre.
Dernier point qui m’a déplu (et après je m’arrête là), c’est le nombrilisme de l’auteur qui revient sans cesse sur elle, son projet de roman et sa manière de l’aborder, son ressenti. Si elle en était resté aux rapports mère/fille je n’aurais rien trouvé à redire, mais en l’occurrence il y a tant d’acteurs/victimes dans son livre que tout ramener à soi, à son propre ressenti et à l’impact sur sa seule vie me semble juste déplacé.

Non, vraiment je ne retire rien de positif de cette lecture, juste l’envie de me laver le cerveau de ce récit malsain et glauque, et une rancœur envers l’auteur qui a déchargé son mal-être sur ses lecteurs. Il est évident qu’on ne me reprendra plus jamais à lire un ouvrage de Delphine de Vigan…

2 commentaires:

  1. J'avais certaines réticences quant à ce livre mais alors là tu ne me donnes pas du tout envie de m'y pencher c'est certain. Il y a tant d'autres livres à découvrir que je m'y attarderai pas ;)

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  2. Forcément je ne vais pas te le conseiller. Après, si tu veux te faire ta propre opinion, faut tenter. Mais comme tu le dis, il y a tant d'autres livres...

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