mercredi 3 décembre 2014

Boys Out !, Rawia Arroum

Résumé :

Depuis l’Éradication, le monde est gouverné par les femmes et pour les femmes uniquement. Les hommes n’ont plus le droit de cité. Tous sont bannis, ou bien traqués et placés en détention pour assurer leur seule fonction : la reproduction. Ensuite, systématiquement, ils sont éliminés. Comme toutes les jeunes filles de son âge, Lyra s’entraîne dur pour être capable d’affronter et de maîtriser les mâles qui rôdent encore. Jusqu’au jour où elle doit rencontrer un homme pour procréer à son tour…


Avis :

Dans une société où le matriarcat est poussé à l’extrême, Lyra et Yas ont pour mission de capturer les rares hommes ayant gardé leur liberté afin de les enfermer dans la Structure. Maltraités, contraints à procréer puis exécutés, leur sort a été scellé il y a bien longtemps suite à une révolte féministe. Finis les coups, la soumission et le silence, les femmes ont pris le pouvoir et réduit l’homme au simple rôle de reproducteur. La jeune Lyra approche de ses dix-huit ans et va devoir quitter l’action pour remplir une nouvelle mission : porter un enfant.

\\\ ATTENTION SPOILERS ///

Si le pitch me semblait prometteur, j’ai finalement failli avoir le front plat à force de me le frapper au cours de ma lecture… Je laisse de côté le style qui est largement perfectible mais qui passe. De toute façon, avec tout le reste je n’ai pas eu le temps de m’appesantir sur l’écriture en fait…
Commençons par le commencement. Les femmes se sont donc rebellées contre les hommes car ces derniers sont violents, les rabaissent, ne les laissent pas s’épanouir, j’en passe et des meilleures. Ok, donc la société que les femmes vont créer sera bienveillante, équitable et laissera une grande place à la liberté de chacune et à la tolérance. Elles exécutent les hommes ? Bon, pour la tolérance on repassera. Les femmes doivent s’habiller en jupe, garder les cheveux longs et ne jamais sortir sans être pomponnées ? Pour la liberté, c’est pas gagné. Elles sont sanctionnées si elles prennent ne serait-ce qu’un kilo ? On sent la bienveillance là, c’est flagrant. Bref, l’auteur explique le pourquoi du comment de son background (les hommes sont vilains, les femmes veulent se libérer) et propose une société bourrée de contradictions par rapport au postulat de départ. Rien que cela m’a fait grincer des dents à m’en faire sauter les plombages. Et encore, je passe sur l’organisation de la vie des femmes, elles doivent être éduquées (mais que jusqu’à quinze ans hein, ça risque d’être compliqué pour faire médecine du coup), ensuite guerrières/chasseuses d’hommes et, à dix-huit ans, à elles la maternité. Une nouvelle fois je me pâme devant tant de libertés individuelles et de possibilités d’épanouissement personnel. Mais Chani, c’est une dystopie, c’est normal que la société ne soit pas parfaite, me direz-vous. Certes, mais dans les bonnes dystopies le message est subtil, amené au fil des pages. Ici c’est à peine s’il n’y a pas une affiche lumineuse et clignotante « Hey, regardez comme je suis une société dysfonctionnelle ! ».
Ensuite, intéressons-nous à l’intrigue. Lyra va donc devoir concevoir son premier enfant. Insémination artificielle et tout le toutim ? Que nenni, à l’ancienne, avec un homme en chair et en os (une fois le devoir accompli il sera exécuté, rappelez-vous). Elle a peur ? Pas grave, on l’endort, monsieur accomplit sa besogne (sachant qu’il va être tué ensuite je ne sais pas comment il arrive à se motiver, mais admettons) et le tour est joué. C’est un viol peut-être, non ? Oui mais bon, c’est pour le bien de la communauté, on ne va pas chipoter quand même ! Donc on renverse la société parce que les hommes sont vilains pas beaux et on met en place des viols en série alors qu’une solution médicale existe. Bien sûr, tout est cohérent, mon front commence à me faire mal… Bref, revenons à Lyra qui se retrouve face à son « destiné », qui n’est autre que le jeune homme qu’elle a capturé quelques jours avant. On se doute bien de la direction que va prendre le roman, la jeune fille va tomber amoureuse de lui. Oui, ok, sauf qu’en se voyant une ou deux heures grand maximum, Loan (c’est le jeune homme en question) va réussir à lui retourner le cerveau. Les femmes ne sont pas si bienveillantes que ça, les hommes ne méritent pas leur sort, blablabla… Dix-huit années de conditionnement foutues en l’air en moins de deux, amenez-moi les formatrices et les éducatrices de Lyra qu’on les fusille, bonnes à rien qu’elles sont ! (En même temps, en arrêtant leurs études à quinze ans, la formation n'est pas complète, ceci explique cela...) Leur romance fait ensuite un peu pitié, un mélange de cucul la praline et de WTF, je vous laisse découvrir tout ça. Alors après, c’est la fête du slip, plus ça va, plus on se rend compte que tout le monde fait partie de la rébellion qui vise à mettre fin à cet « ultimate matriarcat ». Jusqu’à la présidente (qui n’est pas vraiment présidente mais bon, là j’ai pas le temps de développer, mais c’est tout comme). Han. Ben alors pourquoi ce petit monde qui semble être aux postes clés ne fait-il pas table rase des lois anti-hommes ? Parce qu’il y a les autres pays et la guerre ! Alors, autant j’ai vu venir pas mal de choses, autant la guerre avec une Lyra enceinte de sept mois sur le champ de bataille, je ne pensais pas qu’on me le (re)ferait. Mention spéciale à l’accouchement par contre, là niveau incohérence on touche le fond. Petit rappel des faits. Lyra est enceinte (je vous passe l’épisode sur le déni de grossesse, mon front a pris cher à ce moment-là), on lui a fait subir des tests pour connaître le sexe de l’enfant. Ok, donc échographie en gros et, félicitations (ou pas), c’est un garçon. Finalement, entre deux bombardements, Lyra accouche de… jumeaux : une fille et un garçon, amenez-moi le médecin échographiste qui a fait l’examen, fusillé lui aussi pour incompétence ! Le livre s’achève comme une tragédie Shakespearienne (sans le talent ni l’émotion) et c’est un soulagement pour moi, et encore plus pour mon front.


Boys Out ! est un livre qui part avec une bonne idée, mais traitée par-dessus la jambe. Il manque de la profondeur, de la maturité et de la cohérence, l’idée de base ne suffit pas, loin de là. Pire encore, le roman m’a mise mal à l’aise par rapport à son traitement du féminisme à une époque où les droits de la femme semblent plus en danger que jamais…


2 commentaires:

  1. Contente de lire un avis un peu différent sur ce roman (qui récolte tant de louanges partout). J'espère que ton front plat ne se porte pas trop mal :p
    Des bisous Miss Chani et belle fin de semaine,
    Cajou

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    Réponses
    1. Mon front va mieux mais m'a demandé de ne plus recommencer ;)
      Bises

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