lundi 20 février 2017

Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite, Camille Emmanuelle

Résumé :

"L'homme est blanc, dominant, riche, musclé, performant sexuellement et pénétrant. La femme est blanche aussi, pauvre, pénétrée, elle attend qu'un homme la comble sexuellement (et si possible la comble aussi de cadeaux)."
Les romances érotiques se suivent et se ressemblent : la femme et l'homme répondent à des stéréotypes étriqués, leurs interactions sont autant simplistes que convenues et le désir féminin doit se cantonner à quelques clichés hyper réducteurs.
Quant aux maisons d'édition friandes de ce genre littéraire, qui séduit de plus en plus de lectrices, elles empruntent à la production industrielle ses méthodes et ses cadences. Saviez-vous que chaque personnage doit avoir une blessure secrète ? Qu'il y a des tapis en poils de bête sur lesquels il ne fait pas bon faire l'amour ? Que six jours peuvent suffire à écrire une romance ? Ou encore que chaque personnage a une "fiche" consignée sur un tableau Excel ?...


Avis :

La blogo a été brièvement agitée par une interview de Camille Emmanuelle à propos de ce livre, certaines phrases, sorties de leur contexte, ayant visiblement déplu à certaines fans et auteurs de romances. Comme j’aime bien la romance, mais que je la considère toujours avec un peu de recul, et que je suis curieuse (et que j’ai lu le billet de Tan qui m’a donné encore plus envie d’aller voir ce bouquin de plus près) j’ai commandé aussitôt Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite.

Bon, une fois le livre lu, soit une petite heure plus tard, force est de constater que Camille Emmanuelle a éternué, et une partie de la blogo a choppé la grippe H1N1. On a du bol qu’elle se soit pas zombifiée en prime (je viens de lire les derniers comics de The Walking Dead, je suis encore perturbée). Bref, rendons à l’auteur ce qui lui appartient, à savoir une analyse de la romance érotique produite par palettes, formatée et un brin cucul et non un brûlot anti romance comme j’ai pu le lire parfois. L’auteur est connue pour son combat pour un féminisme heureux et épanoui, pas pour être un vilain censeur, raison garder il faut.

Camille Emmanuelle s’appuie sur son expérience personnelle et les diktats imposés par sa maison d’édition et touche du doigt le problème de beaucoup de romances érotiques, à savoir le manque d’originalité et le recyclage infini de clichés qui ont mille ans. Et très honnêtement, même quand on apprécie le genre, on a aussi droit d’être objectif et de reconnaître qu’il n’est pas forcément le meilleur vecteur d’émancipation et d’égalité. Ma lecture du dernier Abbi Glines m’a tellement ulcérée que j’en ai encore des frissons.

Ici nous découvrons les coulisses de l’écriture à la chaîne, ses stéréotypes qui maintiennent la femme dans une vision du couple des années 50, la rigidité de ses standards et la fabrication d’un érotisme de bon goût, aseptisé. Attention, L’auteur ne généralise pas son propos à toutes les maisons d’éditions spécialisées en romance et loue même la liberté offerte par l’une d’elles à ses auteurs, elle parle de son expérience toute personnelle. De la même manière, elle ne critique pas les lectrices de romances (érotiques ou pas), mais les encourage à regarder leurs lectures d’un œil neuf, parce qu’elles méritent mieux que des produits formatés tout faits. Le propos est intelligent et lucide, je ne peux qu’y adhérer. Lire de la romance n’empêche pas de séparer le bon grain de l’ivraie, au contraire, on y gagnera toutes.

15 commentaires:

  1. Bon,je sens que je vais craquer et que je vais le lire aussi. J'aime pas qu'on nous prenne pour des idiotes. C'est pour ça que je lis peu de romance. J'aime bien de temps en temps, mais plus ça vient moins il y en a qui trouvent grâce à mes yeux... Je le note.

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    1. Le genre marche bien, alors les ME ont bien compris le filon et les produisent à la chaîne. Et comme les gens achètent, pourquoi se faire chier à jouer la carte de l'originalité ?

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  2. Le risque de dire qu'une majorité des titres, d'une ME précise ou non, suive un modèle etc. c'est aussi mettre en défaut les titres qui justement ne rentre pas dans ces cases. C'est bien d'en parler, mais ça ne fait pas particulièrement une bonne pub pour les romances qui s'échappent des codes. Pour cela il faut d'autres vecteurs comme le bouche à oreille... je pense

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    1. Mouais enfin les romances qui sortent actuellement ne brillent pas pas leur originalité. Il y a des pépites qui sortent du lot, un "ventre mou" classique et sympa mais pas non plus renversant et une partie de bouquins qui ne font pas de bien au genre. Après il y a toujours des gens pour s’enthousiasmer de l'originalité d'un triangle amoureux quand moi ça me fout la migraine.

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    2. Ca doit aussi dépendre de ce qu'on appelle original en romance ?

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    3. Ah c'est sûr. Moi je voudrais sortir du scénario de la fille au passé douloureux, peu sûre d'elle mais super belle mais qui ne le sait pas, qui va être sauvée par le super beau mec du coin sur qui toutes les filles fantasment.

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    4. on veut donc :
      une fille moche (ou au moins normal)
      un passé normal pour tout le monde
      un mec normal...

      ouais jusque là va falloir mettre une bonne dose d'humour pour en faire une bonne histoire ^^

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    5. Déjà juste une fille qui ne se réalise pas à travers ou grâce à son prince charmant ça me ferait plaisir.

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    6. Caroline dans la série Cocktail correspond à ça, dommage que j'ai pas tellement adhéré ^^

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    7. Alice Clayton.
      Dans les deux premiers tomes on suit Caroline, designer d'intérieur et dans le trois on suit Vivian.
      Toutes les deux ont leur emploi et sont de belles jeunes femmes qui ont monté leur vie seule par leur propre volonté.

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    8. Ah ouais, Wallbanger... Rien que le titre j'ai pas aimé -_-

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    9. Ce que je reproche aux deux premiers tomes c'est qu'il y a beaucoup de sexe, mais c'est vrai que les personnages sont un peu marrants, surtout la bande de copines.
      Le titre c'est parce que Simon fait cogner son lit...

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    10. Ben oui c'est pour ça qu'en lisant le titre j'ai roulé des yeux très fort. Trop de sexe me gave... Oui je suis pénible je sais ^^

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